11.05.08
De l’haricot au taureau
Cette année l’affiche de la féria de Nîmes est particulière.
Différente, presque choquante. Très décriée en tout cas. Le motif est classique : taureau et torero, le placement dans l’espace de la toile l’est moins : division et partage. Et ce qui vraiment heurte la couleur, duelle. Rouge, vert ; vert, rouge. Sang et pâturage ? Cape et habit de lumière ?
En tout cas ça fait ‘parler’.
Economie de moyens pour effet saisissant.
Elle est proposée par un ‘peintre local’ qui est une ‘gloire internationale’ : Claude Viallat.
Il est né dans cette ville et y travaille ; il fut le membre fondateur d’un mouvement éphémère le ‘Support-Surface’, dans les années 60. Ils refusaient toute figuration, un quelconque lyrisme et les supports traditionnels privilégiant la neutralité.
Son célèbre motif ‘haricot’ fut inventé à ce moment là ; il continue à le répéter, le décliner et dans les arènes on retrouve ses toiles et drapeaux flottants investis de couleurs fortes qui font ‘chanter’ la pierre autrement.
Sa ville lui rend hommage en présentant ses œuvres dans plusieurs lieux et je suis la promeneuse la plus attentive…
Je ne fais pas de tableaux, je fais de la peinture....[C. Viallat]
01.11.07
Alice ou le monde des merveilles
"Alice ou le monde des merveilles" c’est une pièce de théâtre, ou plutôt dans ce cas ci une 'proposition artistique' d’après l’œuvre de Lewis Carroll.
L’atelier Catalyse plonge dans le monde des rêves et cauchemars d’une petite fille, au plus près de ses effrois et émerveillements, égarée dans un univers dont la logique lui échappe.
Une mise en scène merveilleuse de poésie ; une porte à 'ouvertures multiples', un rideau opalescent, des chaises étranges, l’évocation réussie d’un monde parallèle et étrange.
La surprise vient des comédiens, ils sont « tous » singuliers. La singularité de l’handicap mental.
Je suis époustouflée par la maîtrise du texte de la comédienne qui joue Alice, par son jeu, son habilité à nous transposer dans le monde de L. Carroll. Les autres acteurs n’ont pas sa facilité, son charisme et malheureusement, leur élocution (hachée, lente, parfois incompréhensible) devient très vite un handicap, pour nous, les spectateurs.
De la fragilité de ‘notre attention’, à nous, ceux qu’on peut considérer comme ‘normaux’.
La ‘grâce’ de ce qui est montré est gâchée par l’application studieuse que chacun doit faire pour comprendre le texte. Certains abandonnent et quittent la salle, la plupart restent, relevant le défi constant du texte.
Je ne me suis pas trop occupée du texte, abandonnant l’effort pour la simplicité de la mise en scène épurée et exquise. Juste regarder le décor et les gestes, le texte devenant presque secondaire.
Il y a toutefois une grâce particulière qui se dégageait de ce spectacle et il pose la question de l’accueil de l’handicap au sein du monde artistique. Des tentatives que certains font autour de l’impossibilité ou du contournement corporel ou intellectuel et qui me semble un chemin ardu mais riche d’expériences multiples et généreuses.
De l'autre côté du miroir....
23.09.07
Les flous rêveurs
Je suis de ces filles qui sans être passionnées par la photo, (je ne suis qu’une modeste amateur), lit systématiquement le nom du photographe dans les magazines.
Il y a déjà un moment j’ai été étonnée par une série de photos de mode que j’aurais attribuée à Françoise Huguier et qui était d’un certain Serge Leblon. J’ai retenu le nom.
Une très belle série sur Charlotte Gainsbourg. 
Elle y était naturelle, presque sans artifice mais la mise au point m’intriguait ; une espèce de douceur dans les couleurs légèrement passées, le fond....enfin, cela m’a plu. Serge Leblon encore; il a un style, une « patte » très particulière.
Au fil de mes lectures (je lis beaucoup, beaucoup –trop ?!- de magazines…) , j’ai aperçu son nom et à chaque fois j’ai été séduite par ce qui semblait se passer dans le cadre.
Je n’aurai pas la possibilité d’aller voir une exposition qui lui est consacrée à Paris (galerie B.A.N.K.) mais je voulais vous faire partager l’émotion palpable de ses flous citadins – qui me font parfois penser à E. Hopper – il y a une sorte de nostalgie latente, une attente, la "seconde" ou tout s’arrête qui me plait infiniment.
La reconstruction d'un souvenir flou.......
30.06.07
Outrenoir, la transfiguration d’une couleur…
En 1995 Chanel sort un vernis ‘Rouge Noir’ (grenat) et je deviens aussitôt fan. Alors que j’achète plutôt des mini flacons Mavala car j’aime changer de couleur de vernis régulièrement, le seul vernis que j’achète ‘cher’ est celui-ci.
Ou bien ses déclinaisons, car depuis trois saisons Chanel a osé un noir ‘vraiment noir’ que la maison de luxe décline à l’envie ; cette année le ‘Noir ceramic’ un noir à effet métallique mais sans paillettes.
C’est sombre, très couvrant et j’adore le porter sur les orteils, j’ai fait un essai sur les ongles des mains, je ne fus pas convaincue car cela met en valeur tous les défauts et je n’ai plus des mains de ‘jeune fille’.
En fait je trouve cette couleur foncée décalée, originale et finalement séduisante.
Subversive, mais pas trop….
Début d’été, "Fête de la Musique" . Il fait doux sur Nîmes, presque trop frais pour la saison.
Il semblerait que Tigran Hamasyan fasse en mini-concert à l’Hôtel Impérator.
On y va pour le plaisir de profiter d’une jolie cour arborée, de la douceur de la nuit qui s’installe ; pour le plaisir de retrouver la magie de ‘son’ piano.
En première partie les ‘Electro Jazz Hunters’ jeune groupe gardois : un son acoustique assorti de sons électroniques ; étonnant, en tout cas pour moi. C’est plaisant et ‘presque’ dansant.
Tigran Hamasyan au piano solo en vedette. Les deux premiers morceaux sont parfaits, mais un vrai plaisir d’écoute à partir du troisième qui mettait en valeur des sons ‘folkloriques’. Le public s’échauffe, les pieds tapotent, les cous balancent. Le rythme est là.
La cour arborée de l’hôtel s’est remplie peu à peu, beaucoup de passants qui restent pour deux morceaux et s’en vont ; mais c’est le jeu de la Fête de la musique’ : se promener dans la ville et découvrir.
Nous avons failli partir après la fin de Tigran, il nous fut dit par un des organisateurs qu’il allait sans doute s’attarder et faire un bœuf avec les Jazz Hunters. Nous sommes restés et que c’était bien !….le plaisir absolu de jouer ensemble, là devant nous.
Début d’été, fête de la musique, fin de soirée ; les étoiles brillent au dessus de quelques amis qui écoutent cette fantaisie musicale, passionnée, en devisant agréablement.
Fête de la musique, fin de soirée sur gravier foulé…à l’année prochaine!
09.06.07
Jazzy???.....
Une salle de spectacle dans laquelle je rentre pour la première fois (Atria-Nîmes). C’est plein à craquer, il y des gens assis par terre. Je regarde autour de moi, curieuse….
Des gens de tout âge, des barbus un peu soixante-huitards, des femmes très bourgeoisie provinciale, des personnalités incontournables de la vie nîmoise, des jeunes très jeunes au look très actuel. Et qui va-t-on voir ? Soi disant un phénomène, je suis curieuse….
Un 'petit bonhomme' rentre sur scène, chemise improbable, Tigran Hamasyan; applaudi comme une diva.
Il s’assoit à son piano. Je vois son dos. Silence.
Il débute un morceau solo et je suis envahie par la magie de ses notes, de ce son. Emotion. Et elle ne me lâchera pas jusqu’au bout de ce spectacle époustouflant d’énergie, miraculeux de partage.
Il est accompagné par une sorte « d’extra terrestre » à la batterie, Ari Hoenig, qui met le feu à la salle lors de ses solos, implacablement. Et j’assiste, étonnée, à un moment prodigieux d’électricité, un bonheur.
Il faut que je vous avoue que je n’ai aucune connaissance du « son jazz ». Pour moi jazz rime avec de vieux souvenirs d’école d’architecture. Nous faisions nos "charrettes" à l’agence du père d’une de nos collègues et celui-ci ne savait travailler qu’avec ce type de musique. Une cd thèque gigantesque dans laquelle il puisait sans arrêt pour écorner nos oreilles habituées à des rythmes autrement différents. On trouvait cela ‘vieux jeu’, de la musique pour gens d’une autre génération…loin de me douter que, finalement, je l’atteindrai cette génération !
Le jazz c’est aussi un spectacle de Dee-Dee Bridgewater dont je garde le souvenir magnétique et Manu Dibango vu il y a très longtemps (vraiment très longtemps…), en Afrique, accompagnant Myriam Makeba.
Donc, Tigran Hamasyan est celui par qui le son jazzy est revenu à moi. Tigran est né à Gyumri en Arménie le 17 juillet 1987 ; musicien, prodige au piano, il improvise rapidement des morceaux et après des études dites ‘classiques’ s’oriente vers le jazz ou il pulvérise les records se faisant attribuer de nombreux prix dont le plus prestigieux est le prix Thelonious Monk (une sorte de Nobel du jazz) décerné en 2006.
Ecoutez-le, mais surtout, surtout, allez le voir.....
12.10.06
Des araignées au plafond?....
Sandales Cacharel à talons.
Je les aime parce que il y a un mélange rare de coloris (argenté, divers marrons) et de matières (cuir métallisé, cuir lisse, daim); elles sont confortables et originales.
Pourtant, j'ai hésité longuement avant de les acheter: je déteste mes mollets et les lanières mettent en valeur cette partie de ma jambe.
Après divers essayages je me suis laissé convaincre par la vendeuse et je ne le regrette pas.
Le joli geste: nouer, dénouer....
J'ai découvert le travail de Louise Bourgeois il y a environ 10 ans et son œuvre m’a singulièrement touchée. La femme aussi.
Née en 1911 à Paris, études de mathématiques à la Sorbonne, elle rencontre en 1937 un américain qui l’épouse et l’amène vivre à New York.
Ses premières œuvres datent des années 60 et concernent le travail du bois (totems). Pourtant elle utilisera très rapidement une multitude d’autres matériaux: chiffons, marbre, plâtre, latex et dernièrement le bronze.
Son travail, très particulier, reste étranger aux grands courants picturaux newyorkais (J. Pollock, W. de Kooning, J. Johns…), elle fuit explicitement les tendances.
Elle est ‘libre’ dans son art et le paiera d’une reconnaissance tardive ; son propre pays n’envisagera une première exposition qu’en 1995, bien après qu’elle soit reconnue comme une artiste « exemplaire » au niveau international.
Son art est construit sur le refoulé, l’inconscient (elle exorcise la douleur et l’humiliation d’un père qui trompe sa mère) ; insomniaque, elle travaille essentiellement la nuit et ses œuvres les plus reconnues sont les fameuses ‘Spider’ (araignées).
Je suis personnellement très attachée à répandre cette information essentielle à mes yeux : elle dessine, encore et toujours (malgré une cécité galopante) et son graphisme est exceptionnel. Ce sont des dessins très simples, des variantes, lignes et cercles à l’infini qui se mélangent parfois à des figures.
Elle continue à ‘tenir salon’ et reçoit chez elle de multiples jeunes qu’elle encourage ou critique (férocement parait’ il… !), et son ‘antre’ reste l’un des lieux les plus courus de New-York.
« Pour exprimer des tensions familiales insupportables, il fallait que mon anxiété s'exerce sur des formes que je pouvais changer, détruire et reconstruire. »
27.07.06
Lever de soleil
Débardeur noir 'Petit Bateau', en coton.
Jupe 'Plein Sud' dorée, le tissu soyeux a un effet froissé et l'ampleur est reprise en lés biaisés.
Un travail de découpes qui permet une ampleur époustouflante pour une légèreté de 'souffle'.
Mules noires. Sac noir.
En version décontractée à porter avec des spartiates dorées.
Je suis un derviche tourneur...
J’ai vu deux spectacles de Zingaro : le premier me valut ma première ‘pluie’ de sable (premier rang !!) et l’émerveillement face à un spectacle d’un genre nouveau, le deuxième la griserie d’une musique d’ailleurs, aux sons inconnus.
Ce à quoi j’ai assisté récemment c’est autre chose.
Dans le cadre du ‘Festival d’Avignon’, Bartabas nous a proposé ‘Lever de soleil’.
Le lieu : la carrière de Boulbon, une carrière inexploitée, des murs à pic, rugueux, la matière à vif. Lever 3h 00 du matin et expédition jusqu’à cet endroit magique. Interdiction absolue de parler, à peine de chuchoter ; des bancs inconfortables, la nuit et les étoiles. Le cheval (Le Caravage) est déjà en piste, on aperçoit son ombre mouvante, une figure à capuchon semble le tenir par une longe. Magie de la voute céleste qui coiffe cette pierre brute et cet animal ‘sauvage’.
Il fait moins noir, les étoiles disparaissent, le silence absolu. Bartabas se présente à l’orée de l’arène de sable roux et s’avance. Monte. Un son ténu, à peine audible qui monte légèrement, des chants soufis qui vont accompagner ce moment.
C’est le travail solitaire qu’il effectue au quotidien avec ses chevaux, le matin tôt, avant les répétitions auquel il nous convie. Il est visiblement à l’écoute de son cheval, un splendide ‘portugais’. Il montre la dévotion au travail, à l’art, comme un musicien qui joue de son instrument et qui dégage une émotion universelle sans en passer par a représentation. C’est une situation qu’il a rendue publique avec une économie de moyens (pas de lumières, musique simple) qui permet de ressentir assez fortement l’intimité particulière du lien unique entre le cheval et l’homme. Nous surprenons cette chose qui n’est pas faite d’ordinaire pour être vue, le départ d’un processus qui aboutit à un spectacle.
« J’ai choisi de faire ce travail au lever du soleil, car c’est le moment où le corps et l’esprit sont plus disponibles pour une écoute profonde »
Intimité jusqu’à l’impudeur.
27.06.06
Signes...
Débardeur Petit Bateau, noir en coton.
Simplicité de la matière, forme intemporelle.
Jupe ‘en forme’ de ‘Chine’ , une marque trouvée dans un petit magasin créateurs à Marseille.
Absolument parfaite : le tissu une soie mélangée, la couleur vert militaire, teinte très sourde que j’aime mélanger au rose parfois…
Bracelet ‘La Molla’ de Tiziana et boucles d’oreilles, en argent, très épurées d’un bijoutier sévillan. Cheveux attachés.
L’exposition qui m’a le plus marquée depuis deux ans est sans conteste celle qui concerne l’œuvre de Markus Raetz qui fut donnée à Carré d’Art à Nîmes. C’est un artiste suisse qui travaille sur les thèmes du reflet, de l’illusion, de la transformation.
Il prépare l’œuvre, il la prémédite, la calcule pour que, nous, les spectateurs, nous puissions saisir le soudain, le subit, le fulgurant.
Certaines de ses pièces sont des morceaux de nature. L'été, dans le Midi, il ramasse des branches de bruyère. Elles sont fines comme un trait. Il lui en faut quatre pour tracer la silhouette d'un corps de femme. Il amasse aussi les feuilles d'eucalyptus. Epinglées au mur, elles forment des visages, réduits à leur plus simple expression. Pour les voir, il ne faut être ni trop près ni trop loin. Il faut chercher, tâtonner, prendre le temps de se placer, de regarder, jusqu'à l'évidence.
Sa recherche n’est jamais décorative, ses lignes construisent le nécessaire de l’œuvre, des signes, des préludes et il fait de la « vue » le mode de connaissance essentiel du monde.
Markus construit des leurres, des énigmes, des mirages comme des poèmes...
Il advient un presque rien...
18.06.06
Le dimanche c'est gratuit!!
Tenues d’intérieur…
Quoi porter chez soi ?...selon la saison j’aime lover mon corps dans un peignoir en soie, lin ou coton d’Egypte. Pour la soie je n’aime que le tissu lourd, que je puisse sentir le poids de l’étoffe sur ma peau et pour ce qui est du lin ou du coton une certaine rugosité qui s’atténue au fil des lavages.
En réalité je ne porte jamais de vêtements chez moi, mon cérémonial est le même depuis l’enfance : enlever les chaussures, poser son sac et se déshabiller pour remplacer l’armure extérieure contre une vêture enveloppante. Lorsque je reçois des intimes je peux porter des ‘pyjamas’ d’intérieur dans ces mêmes matières, qui me permettent d’être à l’aise et néanmoins présentable.
Les caresses des yeux sont les plus adorables…
Beaucoup de musées sont gratuits le dimanche, profites-en: prenez vos enfants, vos amis et allez-y, promenez-vous, baguenaudez à l’instinct.
Allez voir des expos, le plus possible, cela vous forgera un regard… il faut se donner la liberté d’aimer ou pas ce que vous regardez et ne pas avoir peur d’une confrontation directe à l’œuvre : entrer de plain-pied ou choisir d’y rester étranger, mais néanmoins ‘avoir vu’…
On devrait enseigner l’art comme les langues, simplement pour apprendre à regarder.
L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible.
‘P. Klee’







