l_homme

Sauvage, abrupt. Voilà les mots pour ce spectacle. Le livre qui m’a fait basculer dans l’univers de la lecture adulte et qui n’était pas une commande à lecture de l’enseignement public fut ' Le ravissement de Lol V. Stein’ ; ceci, pour évoquer le fait que j’ai une tendresse très particulière pour Marguerite Duras et que j’ai sauté sur l’occasion d’aller voir ‘L’homme assis dans le couloir’. Je pensais avoir à faire à une pièce de théâtre ce fut de la danse ; et quel spectacle !

Elle - Sarah Crépin - débarque de l’arrière du théâtre, marchant à grandes enjambées; et s’assoit sur le fauteuil, seul élément physique du décor avec trois rideaux blancs transparents ; et la lumière violente, blanche. C’est une femme qui, seule, se détend, se déshabille …et le texte commence à être murmuré, dit. Elle réagit aux mots ; la situation n’est pas évoquée, mais mise là, en mots, pour nous, et c’est très sensuel, érotique même….

Ce court récit de Duras évoque un homme, une femme – amants, mari et femme ? – qui s’aperçoivent dans la chaleur de l’été, l’un dedans l’autre dehors et qui s’attisent par leur présence magnétique « L’homme aurait été assis dans l’ombre du couloir face à la porte ouverte sur le dehors ».

La femme voit l’homme qui la voit. Et puis… les choses se brouillent. Ils s’approchent, se sentent, se saisissent. Une fellation car c’est à cela qu’on aboutit, c’est dit. Puis l’acte de pénétration, c’est dit aussi. Puis l’abandon du à la fatigue physique, dit. Un couple : un homme, une femme. La maison et la nature environnante, dit et murmuré. Archaïques pulsions. L’érotisme par la voix…

sarah_cr_pinSarah Crépin peut évoquer la nonchalance, le désordre, l’énergie, le relâchement ; le texte prend ‘corps’ à travers elle, il y a une part immense d’étonnement dans le regard de la spectatrice que je suis à voir ce corps ‘athlétique’ passer de la sensualité à la puissance, à la fatigue, à l’abandon. C’est un solo, long (environ 1heure) qu’elle mène de bout en bout avec une maîtrise absolue.

Le texte est dit par Jacques Dutronc (merveille de phrasé, d’hésitations) et Tal Beït-Halachmi (un accent à la C. Rampling) en voix-off.
Suffocant de beauté. Achetez et lisez…c’est ce que je vais faire.

« Un corps traversé par la chaleur et la lumière. C’est ce que j’ai ressenti à la lecture… » Razerka Ben Sadia-Lavant