Mais pourquoi voulez-vous me raconter une histoire ? demandai-je, je ne comprends pas. Parce que je vends des histoires, dit-il, je suis un marchand d’histoires, c’est mon métier, je vends les histoires que j’invente. Je ne comprends pas, dis-je. Ecoutez, ce serait une longue histoire mais ce n’est pas celle-là que je veux vous raconter ce soir, je n’aime pas, en général, parler de moi, je préfère parler de mes personnages. Non, non, protestai-je, votre histoire m’intéresse beaucoup, parlez-moi de vous. C’est simple, dit le Marchand d’Histoires, je suis un écrivain raté, voilà toute mon histoire.

...tout ce qui m’intéressait c’était de m’asseoir à ma table pour écrire des histoires, parce que j’ai une imagination prodigieuse que je ne parviens pas à réfréner, c’est une chose qui s’empare de moi et qui m’oblige à inventer des histoires, de tous les genres, tragiques, comiques, dramatiques, joyeuses, superficielles, profondes et quand mon imagination se déchaîne, je ne peux plus vivre, pour ainsi dire, je commence à transpirer, je me sens mal, je suis agité, je me sens tout chose, je ne peux penser qu’à mes histoires, il n’y a plus de place pour rien d’autre.

Requiem ‘Antonio Tabucchi’